rendre compte des changements dans le quartier vu par les habitants

Le projet "saisir le changement" évolue !


Retrouver la vie quotidienne du quartier, ses habitants et les changements qui s'y font sur un nouveau site : saisir le changement

mercredi 27 octobre 2010

Jacqueline Lux : "election time"

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Jacqueline Lux n’habite impasse du sanglier que depuis douze ans. Elle n’est pas non plus la plus âgée des dames qui partagent la cage d’escalier. Madame Wolf est là depuis 50 ans et madame Gretten qui a 82 ans, vit au rez-de-chaussée parce qu’elle ne se déplace qu’en fauteuil ou avec ses cannes. Elle a quand même six marches à monter pour rentrer chez elle.


Jacqueline est seule depuis que son mari a été emporté en 2001 par un cancer, un mois et demi après sa retraite : il était soudeur dans une centrale nucléaire.


Seul changement ces derniers temps, elle est descendue du quatrième au premier étage. Et puis aussi, elle est tête de liste pour les élections du conseil d’administration de l’O.P.H de Thionville. Le vote aura lieu par correspondance d’ici la fin de l’année. Sur la liste de l’amicale de la C.N.L, la confédération nationale du logement, elle était suppléante de monsieur Cardillo qui lui a demandé si elle voulait bien se présenter cette année. C’est une responsabilité car il faut voter les budgets, donner des avis sur des questions internes à l’O.P.H et faire passer les demandes des locataires.

manifestation au siège parisien de panasonic

Elle témoigne aujourd’hui parce que les gens ne se connaissent pas vraiment et qu’ils ne savent pas souvent ce qu’il est possible de faire dans leur entourage proche. On ne s’occupe pas de ses voisins, rien vu rien entendu et en fin de compte on ne sait pas ce que les gens sont capables de faire pour le bien. C’est pour ça qu’elle a rejoint l’amicale : faire des choses avec les gens.

Bien sûr elle n’a pas la capacité juridique de répondre à tous les problèmes mais elle est là pour faciliter les démarches et donner aux gens les moyens de maitriser leurs propres difficultés. Il s’agit de leur expliquer la situation qu’ils traversent et de leur montrer les possibilités qu’ils ont pour en sortir.

La nécessité d’être à plusieurs pour avancer, c’est à Longwy qu’elle l’a comprise.


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Jacqueline travaillait depuis neuf ans à Panasonic quand l’usine a fermé. Les ouvriers se sont battus un an et demi en travaillant d’abord et puis en occupant l’usine dès qu’ils ont su que c’était foutu. Elle n’aurait jamais pensé que cela arriverait, elle était là jusqu’à sa retraite et puis voilà…Elle savait qu’à cinquante six ans elle ne retrouverait pas de travail. Panasonic était la première entreprise attirée sur le bassin de Longwy par des subventions de l’état et à partir dès que les subventions sont arrivées à terme. Ces entreprises ne font pas attention aux petites gens.

Pour s’occuper et travailler quand même Jacqueline a fait de la vente en réunion. Elle n’a jamais gagné ni perdu d’argent en vendant ces pots en plastic et ces aspirateurs, mais elle voyait du monde et travaillait en équipe.

Jacqueline fait partie de la C.N.L depuis 2006. Elle est devenue trésorière. L’amicale n’a pas beaucoup de moyens, pas de téléphone à la permanence de la rue de Douai et pas beaucoup de bénévoles pour tenir les permanences.

Deux fois par mois les permanences ont lieu à la maison de quartier de la côte des roses mais la salle n’est pas facilement accessible. Enfin, on ne peut pas se décourager quand on sait qu’on est utile.

La C.N.L a largement inspiré la campagne des poubelles enterrées à la côte des roses. Plus rien ne traine, plus d’amoncellements d’ordures. Ca fonctionne très bien pour peu que les locataires prennent leurs responsabilités et téléphonent aux encombrants pour enlever les objets dont ils se débarrassent. Dans les immeubles de l’O.P.H les gens nettoient leur palier et sont taxés s’ils ne le font pas : ça responsabilise.

La côte des roses est décriée mais on y vit très bien. Cette année, jacqueline et ses voisines de la cage d’escalier ont remporté un prix au concours des balcons fleuris !



article publié sur wikithionville

Yvette Guerder revient de loin

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Yvette Guerder s’était installée avec son mari à la perdrix en 1971 comme d’autres femmes de policier à l’époque. Plus tard la famille, une fille et deux garçons, avait déménagé en ville, place Notre Dame. C’est après son divorce qu'Yvette est arrivée rue du faisan, de nouveau à la Côte : c’est son mari qui est parti. Il faut dire que madame Guerder était plutôt naïve : sa mère ne lui avait rien dit d’autre du mariage que le mari ramenait la paye et elle n’avait pas non plus cherché à en comprendre davantage. Toujours est-il qu’elle s’est retrouvée sans ressource du jour au lendemain et qu’elle a du chercher du travail.

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françoise, danielle, yvette et monique à l'usine

Elle avait déjà travaillé à Texilor à Basse-Ham, mais c’est sur ses talents de cuisinière qu’elle s’appuie pour postuler comme gouvernante. Elle met une annonce dans le journal et reçoit sept propositions de travail à Nice. Elle prend le train avec sa fille et elle rejette la plupart des offres qu’on lui fait : ce sont des célibataires portant beau mais vivant dans la saleté. C’est un amiral en retraite qui va l’embaucher, assez maniaque sur l’heure des repas et le nombre des biscottes qu’il faut lui servir au petit déjeuner : trois beurrées, trois à la confiture et, c’est le plus délicat , entières bien sûr. Monsieur invite Yvette à prendre le temps de vivre, et inscrit sa fille à l’école maternelle. Elle l’accompagne dans ses promenades à pied et il tient à lui donner le bras. Yvette est encore jeune, rousse et divorcée, même si son mari appelle souvent au téléphone. Un soir elle doit accompagner monsieur l’amiral à un repas de gala, sa petite fille a été sermonnée pour ne pas faire la folle mais c’est Yvette qui refuse de rester : ce n’est pas son monde et elle est mal à l’aise. Monsieur prend ça pour un affront et Yvette comprend qu’il est temps de partir. L’aventure niçoise aura duré sept mois.

A Thionville plus d’appartement place Notre Dame et finalement installation rue du faisan à la côte des roses. Yvette va vivre du Rmi.

Jusqu’à ce jour il y a douze ans où Yvette est terrassée par une rupture d’anévrisme. Elle s’en souvient bien : c’était le lundi après le passage du tour de France à Thionville, et son frère de quarante neuf ans venait, lui, de faire un A.v.c moins de dix jours avant.

Yvette Guerder revient de loin, le médecin ne donnait pas cher de sa vie et après plusieurs mois de coma, elle ne reconnaissait que sa mère et sa fille. Mais ce n’était pas son heure.

Elle a un souvenir très net de cette expérience proche de la mort. Elle a vu cette lumière qui brille mais qui ne fait pas mal aux yeux que décrive d’autres personnes ressorties du coma. Yvette n’a plus peur de mourir car elle sait qu’au dessus il y a quelqu’un. Elle est montée jusqu’à cette lumière et a revu son père et son grand-père en larmes, à cause de ce qui était arrivé à son frère. Mais encore une fois, ce n’était pas son heure et malgré son envie de rester, elle était revenue à la vie, pour se retrouver, terrorisée, entourée de tuyaux et d’une machine respiratoire.


Yvette va mettre cinq ans à se remettre. Elle a combattu. Mais elle qui tenait table ouverte pour tous ses amis, va voir son entourage la laisse tomber. Elle ne doit ses lents progrès qu’à sa voisine, madame Guillon qui va l’encourager toutes ces années en sortant avec elle dans le quartier. C’est qu’elle ne connaissait plus Thionville du tout. Madame Guillon lui montrait la ville en promenant sa chienne Pupuce. « Vous me tirez vers l’avant » disait madame guillon perdant l’équilibre : c’est ainsi qu’Yvette a compris qu’elle avait besoin d’une canne. Une femme venait tous les jours lui faire à manger, le ménage et lui laver les cheveux mais madame Guillon l’a vraiment sortie de sa cage.

C’est à cette époque qu’elle a découvert l’atelier linge de la chaussée d’Océanie et c’est là que ça a décollé pour elle et qu’elle a eu quelques petits boulots : veilleuse de nuit dans une maison de retraite, chez un fleuriste sur le parking du Géric, au tennis-club pour faire du ménage.


Aujourd’hui elle peut faire ses courses avec son ami Sauveur qui l’accompagne souvent mais pas plus loin que les petits supermarchés du quartier : elle ne peut plus se repérer dans les grandes surfaces.

Sa fille avait quinze ans quand elle a eu cet accident cérébral et elle est retournée vivre avec son père. Aujourd’hui Yvette est sous tutelle de l’U.D.A.F car un jour sa banquière s’est aperçue que son argent filait anormalement vite. Elle l’avait interrogée et s’était aperçue qu’Yvette ne distinguait pas un billet de dix francs d’un billet de cent. A force de laisser des pourboires généreux à ceux qui lui donnaient un coup de main, elle avait presque épuisé le peu d’argent que ses parents lui avait laissé.


Yvette s’occupe de la vie dans son quartier : tous les jours elle mets ses bottes et, en sortant sa poubelle le matin, elle ramasse ce qui traine sur les pelouses derrière l’immeuble. On trouve de tout : canette, détritus et ces jours-ci un ordinateur et un grand miroir fracassés. Mais ça elle ne peut pas l’enlever. Si Yvette prend soin des abords c’est pour elle-même et les personnes de la rue.

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mardi 5 octobre 2010

Yves Priso Ekobo et Cyriaque Nguemeleu, un rêve de gosse.









Yves Priso Ekobo et Cyriaque Nguemeleu sont arrivés en juillet à Thionville. Ils viennent tous deux de Clermont-Ferrand. Ils jouaient dans l’équipe senior du football club de Cournon d'Auvergne.

Yves à vingt et un an, Cyriaque, vingt cinq.

Yves a quitté Paris où il est né à seize ans pour une section sport étude à Clermont. Cyriaque avait dix huit ans quand il est arrivé du Cameroun à Lille, où son centre de formation l’avait envoyé.


Grâce aux conseils d’un parent d’Yves qui vit au Luxembourg les deux garçons ont signé au club de Mondercange. Ils avaient envie de voir autre chose que Clermont et de tenter leur chance à l’étranger. Leur but est de passer professionnels dans les années qui viennent pour continuer à vivre leur passion.



Ils se sont installé à Thionville parce que c’est moins cher de se loger ici qu’au Luxembourg et en débarquant en ville, ils ont été surpris de trouver les rues avec si peu de monde, c’était le mois de juillet. Maintenant ils trouvent que Clermont, ce n’était pas si mal même si on en a vite fait le tour. Leur emploi du temps est rythmé par les matchs des dimanches et les entrainements, tous les jours de 19 heures à 21 heures. Le matin est consacré au travail technique. Pour ça ils ont trouvé à deux pas de chez eux, le futsal du square Fénelon.


Un dimanche matin les enfants du quartier sont venus les voir et après les exercices ils ont fait le cercle et discuté avec eux avec la même flamme dans les yeux.


Il y a vingt sept joueurs dans l’équipe. Seize sont sélectionnés pour jouer chaque week-end dont un minimum de sept joueurs luxembourgeois. L’ambiance est bonne même si au sein de l’équipe on sent bien qu’il y a deux groupes : les joueurs français et les joueurs du pays.

Cyriaque et Yves sont tous deux d’origine camerounaise et peuvent comparer leur expérience : l’un est né là-bas l’autre, ici. Cyriaque connaissait la France par la télé et n’imaginait pas la nature, les vaches la province comme il l’a trouvé à son arrivée. Il pensait que tout ressemblait à Paris, grand immeubles et luxe et il a été un peu désappointé en arrivant. Yves n’a pas été au Cameroun depuis ses dix ans et lui aussi réalise que l’image de l’Afrique qu’on montre à la télé française est souvent celle de la brousse et des huttes alors que Cyriaque peut lui confirmer : l’Afrique s’est largement modernisée. La principale différence pour Cyriaque est l’éducation. Il a vu ici des choses qui ne peuvent exister en Afrique : des enfants de treize quatorze ans qui demandent des cigarettes à leur parents et qui les appellent par leur prénom : ça, ça ne peut exister chez lui. Au pire les enfants fument en cachette mais jamais ils n’iraient demander des cigarettes à leurs parents !

En Afrique la famille est un tout. Les oncles et tantes sont au même rang que les parents directs et se font appeler papa et maman de la même façon. Le respect est la règle et en contrepartie les enfants attendent tout de leurs parents. Ils sont couvés plus longtemps.



Et un garçon de seize ans ici est plus mûr qu’un garçon de seize ans en Afrique. En quittant son pays pour vivre en Europe, Cyriaque est arrivé à maturité plus vite et a développé sa confiance en lui. La vision de l’Europe lui a ouvert l’esprit et il réalise que si un gamin d’ici a plus d’opportunité qu’un petit africain, ici aussi on souffre. Mais quand il essaie de raconter ça à son cousin resté au pays, que tout n’est pas comme les champs Elysées, celui-ci ne veut pas le croire…

Yves a vécu dans le treizième arrondissement de Paris et sait bien que c’est l’éducation qu’il a reçu de sa mère qui l’a écarté de toutes les dérives du quartier. Il se souvient d’ailleurs que quand c’était nécessaire sa mère le menaçait de l’envoyer au Cameroun. C’est arrivé à d’autres et ils revenaient calmés.

Yves et Cyriaque se donnent un certain temps pour percer, ils ont chacun un agent intéressé à développer leur carrière. Rien ne les rendrait plus heureux que de se rencontrer comme adversaires, chacun dans une équipe professionnelle. Même s’ils envisagent aussi de poursuivre leurs études pour garantir leurs arrières, le foot reste l’aventure à mener jusqu’au bout car ils savent bien qu’ils ne jouent pas que pour eux mais aussi pour tous ceux, parents et amis qui croient en eux. Réussir serait la fierté de la famille et la démonstration que dans la vie à force de travail et de persévérance on atteint son but.


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