rendre compte des changements dans le quartier vu par les habitants

Le projet "saisir le changement" évolue !


Retrouver la vie quotidienne du quartier, ses habitants et les changements qui s'y font sur un nouveau site : saisir le changement

jeudi 24 février 2011

Sylvie Kleiner, l'année de Cha'

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Sylvie Kleiner habite rue du renard et ce qu’elle a vu du changement à la Côte des roses c’est la façon dont son bailleur a condamné les greniers de l’immeuble : rien dans la lettre qui annonçait les travaux ne laissait penser qu’une fois l’isolation faite, les greniers ne seraient plus accessibles. Depuis, les toiles et les dessins de Sylvie s’entassent un peu partout dans son appartement. Ses toiles, Sylvie les signe Cha pour charlotte, son deuxième prénom et c’est ainsi que ses amis l’appellent. Enfant, dessiner, elle ne savait faire que ça alors que sa sœur préférait taper dans le ballon avec les copains. Derrière la boulangerie-pâtisserie familiale à Terville, le jardin donnait sur le crassier de l’usine. A la crête du crassier, les wagonnets venaient verser leur contenu rouge dans la nuit noire. Tous ces gens qui rentraient, tous ces bruits métalliques, tout donnait envie à la petite fille de visiter cette usine.


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A seize ans, grâce à une dérogation, Sylvie intègre les beaux arts avec dans son dossier d’inscription, des immortelles à la gouache qu’elle trouvait bien sages à côté des dossiers de ses camarades. La dissertation du concours d’entrée avait pour sujet faut il apprendre l’art aux enfants? Mais Sylvie a besoin de liberté. Elle avait fuit l’école de la providence pour profiter de sa dérogation, et elle avait rêvé les beaux arts comme d’une ruche où tous partageraient leur expérience : elle abandonnera l’école au bout d’un an, déçue. Après quelques tribulations en Hollande Sylvie revient chez elle : elle a pris son autonomie vis à vis de ses parents et décide de se former à la puériculture.



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En 1978 elle travaille à Bel-air, milite à la Cfdt et anime un bulletin d’information, « la Piquouse ». La direction régionale a décidé d’unifier les horaires entre Metz et Thionville. Mais à Thionville le temps de repas est intégré au temps de travail et le personnel ne veut pas perdre cet avantage. Sylvie prends sa place dans la lutte : opération escargot sur l’autoroute, défilé en ville pour manifester. En 1982 Sylvie quitte Thionville pour Paris avec sa fille Mélanie alors âgée de cinq ans pour suivre les cours de la fac de Vincennes, célèbre pour être ouverte aux salariés. Elle obtenu une bourse pour se former comme chargée de com visuelle. Sylvie se spécialise dans l’édition pour enfants. Elle ne validera pas sa maitrise et de toute façon le poste n’est pas crée à Thionville.


Sylvie décide de rester à Paris, travaille pour les crèches de la ville et rencontre Naka, un musicien africain de qui elle aura un garçon aujourd’hui âgé de vingt deux ans, Théo. Après une dizaine d’années à Paris, Sylvie laisse son appartement et part pour l’Ardèche. Mais un mois à peine après son arrivée, le projet qui l’a fait venir tombe à l’eau, la crèche n’a pas de client et Sylvie, coupée de Paris, improvise. La vie devient de plus en plus difficile. En 1996, Mélanie disparaît à l’âge de dix huit ans.


Sylvie cherche un poste dans le sud de la France. Mais son père va la ramener dans la région : à son insu il se procure son cv, et envoie une belle lettre à Martine Aubry, alors ministre de l’emploi et de la solidarité. Quand Sylvie apprend en 1999 qu’un poste l’attend à l’hôpital de Thionville, elle ne peut qu’accepter. Ainsi son fils pourra enfin se rapprocher de ses grands-parents.


Réapprendre à vivre et travailler à l’hôpital. Sylvie retrouve certaines de ses collègues d’il y a vingt ans. Elle est auxiliaire de puériculture et travaille depuis l’an dernier, douze nuits de dix heures et demi sur quatre semaines. Sylvie aime bien la nuit car on peut être plus disponible pour les enfants. On peut prendre le temps de parler tranquillement. Elle n’a pas forcément besoin de rester en permanence à leur chevet mais sa présence les rassure et quand ils sont confrontés à des crises d’angoisse, le sentiment de sa présence les rassurent et lui évite parfois de leur donner un médicament. Elle va et quand elle revient, l’enfant s’est calmé et dort.


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Aujourd’hui Sylvie a deux métiers car elle est également inscrite à la maison des artistes : elle continue à peindre[1]. Sylvie est passionnée par la culture Maori. Toute petite elle suivait déjà les aventures du captain Troy sur son navire le Tiki dans un feuilleton télévisé qui se passait à Hawaï et s’appelait « Adventures in Paradise ».



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Sylvie s’inspire des représentations stylisées des animaux qui tiennent une grande place dans l’art polynésien. La tortue représente la fidélité et la fécondité, le dauphin, la longévité et la joie, le requin, l’équilibre du lagon la justice et le respect des ancêtres.


En 2005, un ami voit ses œuvres au mur et lui reproche d’être venue au monde avec un vrai talent et de ne rien en faire. La bibliothèque municipale l’invite en 2006 à exposer dans la salle in vitro[2]. En 2007, pendant ses congés, elle part sillonner le pays avec un atelier itinérant dans un petit camion de dix m³, de fêtes maories en rassemblements polynésiens. Les dessins de Sylvie sont très prisés par les amateurs de tatouage qui se font tatouer les modèles qu’elle crée pour eux. Et en 2010, Sylvie montre ses toiles salle Poulmaire, chemin St Anne. Cette année, elle montre ses derniers travaux salle In Vitro pour la deuxième fois, du 14 au 18 juin.



en décembre dernier, Sylvie Kleiner accueillait le public à la salle In Vitro, pour l'exposition de travaux d'enfants organisée par l'association "La Pédiatrie Enchantée"[3]


prochaine action de Pédiatrie Enchantée: [4] un vide grenier à Auchan en avril [5]


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article publié sur wikithionville


mercredi 2 février 2011

Robert Nicolay, penser libre


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Robert est né en 1944, juste à la fin de la deuxième guerre mondiale. Son père infirmier à Beauregard, avait été enrôlé de force dans la Wehrmacht. Il venait de faire ses classes en Allemagne et juste avant de partir sur le front russe il avait déserté. Sa femme avait été convoquée à la Feld-gendarmerie et elle avait réussi à les convaincre qu’il était parti avec sa valise et qu’elle ne l’avait pas revu. La ville où il devait se présenter avait été bombardée et la thèse de sa disparition prenait tout son sens. En réalité, avec deux autres camarades, son père se cachait à Adelange le village de son père, parfois dans le clocher parfois ailleurs. Ils étaient nourris par le village. Au moment où les américains libéraient la région, Adelange s’est retrouvé sous les bombardements et c’est dans une cage à lapin en bas, à la cave que Robert avait trouvé refuge.

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A l’époque il y avait trois infirmiers à Beauregard et le père de Robert y avait un logement de fonction. Robert et ses deux soeurs étaient « les enfants de l’hôpital » à jouer partout au milieu des ambulances qui arrivaient : Robert se rêvait médecin. A dix ans il entre au petit séminaire de Cuvry, il a un oncle curé et on l’a peut-être choisi pour être l’ecclésiastique de la famille. Mais Robert ne supporte pas l’arrachement à la famille et pour ses parents, c’est l’école ou bien l’usine.

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Robert choisit l’usine et à quatorze ans il entre comme jeune ouvrier à Lorraine Escaut. A dix sept ans il est fondeur et il travaille parfois 56 heures par semaine. Robert ne s’habituera jamais aux trois/huit : sept jours à travailler le matin puis sept jours de l’après midi et sept jours de nuit. Maison, boulot, maison, boulot. En hiver on ne voit pas le jour : on part avant le lever du soleil on revient il fait déjà nuit. Les vieux lui disent « barre-toi de là ».


Robert rencontre Rina, sa future femme. Difficile d’obtenir un logement social quand on est pas marié : il trouve un studio chaussée d’Océanie et à vingt trois ans, Robert se marie. Son beau père travaille à Sollac et il a entendu parler d’un poste qui se libère. A vingt cinq Robert entre à Sollac pour devenir pontier, c’est un peu moins physique. Il y restera jusqu’à sa retraite. Robert va vivre le déclin de la sidérurgie, dans la région de Thionville, les aciéries passent du nombre de trois à une et les ouvriers de 1700 à 500.


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Robert milite à la Cfdt depuis qu’il a dix huit ans et il prendra part à tous les grands mouvements revendicatifs des années soixante dix. Quel boulot ! Le travail de délégué, les grèves, les manifs à organiser. Robert n’est pas souvent à la maison et quand il a du temps, il emmène les enfants du quartier randonner dans les environs. Robert prenait ses livres et leur apprenait le nom des arbres rencontrés sur le chemin. Aujourd’hui encore, certains de ces enfants se souviennent avec plaisir de ces parties de campagne à la Croix-Epich, au fort de Guentrange avec sandwich tiré du sac. Avec le temps, Robert s’éloigne un peu du militantisme, il est las des rivalités entre syndicats et il faut aussi laisser la place aux jeunes.


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La famille a déménagé à chaque naissance et habite l’impasse corneille depuis 1974. Dire que quand ils sont arrivés à la côte des roses, il n’y avait pas de chemins que tout était boueux ! On allait chercher le lait à la ferme Schweitzer, là où il y a un supermarché Norma aujourd’hui. Le travail de fondeur a laissé ses traces. Robert qui souffre d’emphysème a su très tôt qu’il avait bossé dans l’amiante : tous ceux qui ont travaillé dans le secteur chaud ont étés exposés à l’amiante. C’est le scandale du siècle passé car dès 1906 on connaissait les dangers de ce métal utilisé pour protéger de la chaleur alors que même les tables à repasser en étaient recouvertes… Le beau père de la fille de Robert, le voisin âgé seulement de soixante douze ans, ils sont tous partis à cause de l’amiante. Il y a cinq mois, Robert a passé un scanner des poumons et le médecin a trouvé des plaques pleurales.

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Robert participe encore à la Clcv, une des plus importantes associations de consommateurs en France qui s’occupe entre autre des problèmes de relogement liés à l’Anru à la Côte des roses. Il est aussi fidèle à la libre pensée et salue tous les ans le jour anniversaire de la mort de Louis XVI comme la naissance de la république laïque.





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lundi 3 janvier 2011

Kheira Zakkoum, passagère sur la terre

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Kheira Zakkoum est arrivée en France en 1963 avec son premier enfant. Son mari était soldat de l’armée française. Zakkoum en arabe, c’est le fruit amer de l’arbre qui prend racine dans la fournaise.

Kheira se souvient d’un pays sombre et d’une vie de caserne. La famille bougera souvent dans la région mais c’est à Halstroff, pas loin de Sierk les bains, qu’elle s’installera durablement vingt cinq ans et que madame Zakkoum donnera la vie à ses autres enfants.

Ils sont huit aujourd’hui vivants, quatre filles et quatre garçons, le plus âgé a quarante huit ans le plus jeune trente huit. Un enfant par an. Madame Zakkoum avait trente six ans quand elle a eu le dernier. Ses filles, qui ont eu la chance d’aller à l’école, n’ont eu chacune que deux enfants : ce qui fait six petits enfants. Les femmes d’aujourd’hui savent que ça revient cher d’élever des enfants. Il faut leur donner à manger, les habiller payer leur études et le permis.

Il y a treize ans, Monsieur Zakkoum meurt accidentellement au Konacker où vit la famille. C’est pour ne plus vivre là où il est mort que madame Zakkoum décide de se rapprocher d’une de ses filles qui habite à la côte des roses. Elle a aujourd’hui soixante treize ans et vit seule dans un F6 de la rue Racine à Thionville.


Batigère, le bailleur social est venu lui proposer de quitter cet appartement qui est maintenant trop grand pour elle. Ils veulent construire deux studios à la place du F6. Madame Zakkoum n’est pas contre car le loyer est assez élevé. C’est madame Berbache qui s’occupe de son dossier de relogement et lui a déjà proposé un logement rue Molière. Mais kheira Zakkoum n’est pas d’accord. Elle ne comprend pas pourquoi on met toutes les familles arabes dans le même immeuble.

Elle est fière d’être arabe mais elle veut éviter les problèmes qui naissent souvent autour des enfants entre les familles et préfèrerait vivre un peu à l’écart. Les enfants d’aujourd’hui sont plus difficiles à tenir, ils sont plus effrontés. Déjà les arabes sont mal vus, les jeunes ont leurs torts, la société a les siens, mais il faut mélanger les gens et ne pas les loger tous au même endroit. Kheira veut rester à la Côte car c’est là que vivent la plupart de ses filles et qu’en plus elle n’a pas de voiture. Et puis c’est elle qui paie le loyer, c’est elle qui choisit.

rue Racine




Kheira a participé au goûter de fin d'année de l'atelier linge de la côte des roses qui sera le dernier à la chaussée d'Océanie

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Madame Zakkoum n’a pas été à l’école mais cela ne l’a pas empêchée de travailler. A Bouzonville elle montait des freins dans une usine de pièces auto. Mais en 1992, à l’âge de cinquante cinq ans elle décide de suivre les cours d’alphabétisation du centre de loisir de la côte des roses pendant deux ans. Quelqu’un qui ne sait pas écrire et lire peut difficilement s’exprimer, demander. Et apprendre c’est sortir de sa cage. Elle pourra ainsi décrocher des C.E.S et des T.U.C et travailler à A.T.H.E.N.E.S le foyer d’hébergement d’urgence pour femmes. Pour Kheira Zakkoum, nous ne sommes que des passagers sur terre. Smahi, son nom de jeune fille est le souvenir qu’elle garde de son père.


républicain lorrain 18 août 2010
républicain lorrain 18 août 2010

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mercredi 1 décembre 2010

Hattabia Naïmi et Fatima Karouj, le temps de partir




à gauche sur l'écran, Fatima Karouj, à droite, Hattabia Naïmi

Hattabia Naïmi et Fatima Karouj étaient voisines quand elles habitaient la barre de la chaussée d’Océanie qui sera bientôt démolie. Elles sont restées amies.

Fatima habite maintenant un F3 à la Milliaire et Hattabia rend les clés ce début décembre pour s’installer rue de la fauvette, dans un F3 également. C’est que les enfants sont partis maintenant et vivre en F5 revenait trop cher. Hattabia Naïmi vit avec son mari et leur fille Sabrina et Fatima Karouj vit avec son fils Khatim qui a vingt sept ans.


Hattabia n’aurait pas voulu s’éloigner de la Côte des roses car elle a reçu beaucoup de soutien du quartier quand son fils Kadour est mort d’une méningite foudroyante. La maison de quartier avait mis des locaux à sa disposition pendant deux jours pour accueillir voisins cousins et amis. C’est aussi pour cela qu’elle a accepté facilement l’idée de quitter la chaussée d’Océanie : trop de souvenir douloureux restaient attachés à cet appartement.

C’est madame Tonoli de Batigère, qui avait pris contact en premier et rempli les dossiers. Puis madame Berbache a pris le relai pour suivre le relogement. Elle est à l’écoute et Hattabia a obtenu le logement qu’elle désirait. Elle cherchait un rez-de-chaussée car elle souffre de polyarthrite et elle ne peut plus monter les étages comme avant quand elle vivait au quatrième. Aussi dès qu’elle a entendu parler de cet appartement qui se libérait rue de la fauvette, elle a appelé madame Berbache qui a fait le nécessaire.

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Madame Berbache le lui a fait visiter : il y a une grande cuisine où on peut manger et ça lui a plu tout de suite, la rue est très calme et il y a deux balcons.

Batigère lui a installé une douche à la place de la baignoire et dès que les travaux de rénovation ont été faits, Hattabia a commencé à déménager petit à petit. C’est qu’il y a beaucoup de meubles en trop dont il faut se défaire et c’est mieux de faire ainsi, chambre par chambre.

Fatima Karouj a habité rue Racine avant de s’installer chaussée d’Océanie. Elle a eu sept enfants, son mari est mort il y a treize ans et maintenant elle se trouve en difficulté. Son fils n’arrive pas à trouver du travail et si elle a pu emménager dans une petite maison neuve de trois pièces grâce au relogement de l’Anru, elle a du mal a joindre les deux bouts. Entre la dépense de gaz et d’électricité tous les deux mois et sa petite pension de veuve, elle n’y arrive plus.

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Heureusement, Fatima vient voir son amie aussi souvent qu’elle peut. Elles en ont passé du bon temps à la chaussée d’Océanie.

L’été, tout le monde était dehors jusqu’à onze heures du soir et de temps en temps, toutes les familles de la cage d’escalier partaient en piquenique à Volstroff pour la journée entière : les Francesconi, les Marx, les Falcone qui ont maintenant construit mais qui sont restés en contact …. Pour la fête des voisins ces dames installaient un barbecue au pied de l’immeuble et invitaient tout le monde à manger gracieusement couscous et brochettes.

Monsieur Moreni, qui travaillait pour Batigère était encore là et elles ont regretté son départ car il était vraiment à l’écoute, toujours prêt à donner un conseil ou à guider dans les factures.


Aujourd’hui les gens ont déménagé à droite à gauche, l’ambiance a changé chaussée d'Océanie, et souvent, dans une famille, les deux parents travaillent. On se voit moins. Avant les mères étaient à la maison, se rencontraient en allant chercher le courrier, papotaient en regardant les enfants jouer. Les abords de l’immeuble sont moins bien entretenus et les ordures qui trainent attirent des rats gros comme des chats. Il est temps de partir.



article publié dans wikithionville

lundi 1 novembre 2010

Rue Racine: Déconstruction

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Le tiers de l’immeuble de la rue Racine est tombé. C’est le soir du 25 octobre qu’ont été lancés les travaux de démolition avec l’arrivée tardive et attendue d’une pelle de l’entreprise Xardel et d’un 20 tonnes transportant son équipement spécial.


repères par saisirlechangement

La pelle s’arrête entre le trois et le un rue Racine, « comme par hasard ça commence par chez nous » dit une jeune fille parmi les gens attroupés derrière les grilles de sécurité. La pelle prépare le chantier en étalant sur les pelouses au pied de l’immeuble une couche de crasse sur un film géotextile destiné à protéger la pelouse existante. Et c’est dans le crépuscule naissant que sont portés les premiers coups à la façade vide de toutes ses fenêtres.


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Les habitants et les curieux, maintenus à distance sur les pelouses de la place, mesurent la progression rapide du trou creusé à la lueur des phares de la pelle.

Les jeunes se regroupent le long des grilles, méfiants mais attirés par les cameras qui filment l’événement. Les anciens parlent du temps où les champs entouraient les immeubles, les passants qui ne sont pas du quartier restent, fascinés, les enfants se serrent autour de leur mère. Les téléphones se transforment en appareils photo.



La nuit tombe, l’opération symbolique s’achève et la foule se disperse. Avant de partir, les ouvriers saluent le garde qui va veiller sur le chantier jusqu’à demain.


L’opération était reportée depuis près de deux ans maintenant. Et les habitants n’avaient pas tous à l’esprit l’imminence de la démolition de la moitié de l’immeuble. Certains ont été parfois surpris de l’intensité des vibrations et du bruit de la pelle déchirant les murs. C’est toute l’histoire des gens qui vivaient là qui passe dans le domaine des souvenirs.


Des familles amies se sont un peu éloignées car même s’il s’est fait dans le quartier, le relogement à distendu le lien qui les unissait. Les rites informels et les preuves d’amitié qui pouvaient exister d’un palier à l’autre ne peuvent résister longtemps à l’écart d’une ou plusieurs rues, entre anciens voisins.


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Les adolescents qui ont grandi là regardent disparaitre les années de complicité enfantine et le sentiment d’appartenir à une grande famille.


La pelle empile les planchers et les murs tombent comme ceux d’un château de carte, laissant les tapisseries familières au grand jour. Pour certains, vivre ici faisait oublier l’inconfort et l’ancienneté des appartements.


Ce qu’ils ont vécu là, la solidarité et le plaisir de vivre ensemble, les constitue et leur appartient pour toujours, c’est un bagage solide pour passer à l’âge adulte et le modèle d’une vie à renouveler.


publié sur saisir le changement[1]



démolition par saisirlechangement



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