rendre compte des changements dans le quartier vu par les habitants

Le projet "saisir le changement" évolue !


Retrouver la vie quotidienne du quartier, ses habitants et les changements qui s'y font sur un nouveau site : saisir le changement

mardi 15 mars 2011

Claude Strichard, rue Pépin-le-Bref

Fichier:strichard.jpg

Claude strichard a toujours entendu dire son père qu’avant la révolution leur nom était Saint Richard. Claude a cinquante huit ans. Il habite encore pour quelques semaines dans la barre d’immeuble de la chaussée d’Océanie qui va bientôt être démolie. Il a été contacté en septembre par le bailleur qui l’a informé qu’il avait droit à trois propositions de relogement dans le cadre de l’Anru. Claude a tout de suite précisé qu’il fallait que ça soit dans le coin à cause du travail de sa femme. Elle fait quelques heures d’entretien et particulièrement à la piscine municipale qui est tout près.


Cela faisait dix neuf ans qu’ils vivaient chaussée d’Océanie au numéro 16, une bonne entrée, propre, avec une bonne entente entre voisins. Ce qu’il y avait de bien c’est que tout se trouvait à proximité le tabac le médecin l’atelier linge. Mais même le médecin, le docteur Adamo, arrête en septembre. Claude viendra voir la démolition.


Batigère leur a fait visiter un F3 aux Basses-Terres : c’est plus petit mais les pièces sont plus grandes et puis il ne reste que Sébastien, le plus jeune des enfants à la maison. Autre avantage, du quatrième étage ils passent au premier et en plus, ils refont tout dans l’appartement, du sol au plafond, la salle de bain, les wc et même une prise pour le lave-vaisselle alors qu’ils n’en ont pas encore.




Claude ne travaille plus depuis un an, il est en longue maladie. Il a commencé à travailler à quatorze ans et si la loi sur les retraites n’avait pas changé, il aurait pu partir en décembre 2010 alors que maintenant il lui faut aller jusqu’à soixante ans et un trimestre. Claude a fait une demande de mise en préretraite pour longue carrière et travaux pénibles. Quand il a eu l’âge, Claude s’est tourné vers l’apprentissage, il aurait bien fait cuisinier mais son père n’était pas d’accord : alors il avait choisi le centre d'apprentissage de Sollac.



brame d'acier froid, photo sollac

réchauffage des brames, photo sollac

brames chauffées, photo sollac

sortie du four, photo sollac



A Sollac il a gravi plusieurs échelons : de simple O.S, ouvrier spécialisé, il est devenu chef de poste adjoint au train à chaud. A l’atelier rectifieuses ils étaient une petite équipe soudée, « on bougeait comme on voulait ». L’équipe de Claude devait rectifier les cylindres qui laminaient l’acier et leur redonner leur forme initiale : c’est un travail où l’erreur n’est pas permise. Claude circulait à droite à gauche pour surveiller le travail. Aujourd’hui les machines sont numérisées.

laminoir, photo sollac

bobineuse, photo sollac

stockage des bobines photo sollac



Quand Claude a commencé à travailler le rythme était de sept jours du matin, sept jours de l’après midi et sept jours de nuit, sept/sept. Après sept nuits, on arrêtait le mardi matin pour reprendre le jeudi après midi. Après on est passé au cinq/cinq et aujourd’hui on travaille en deux/deux. Deux matins de suite, deux après midi de suite deux nuits de suite et quatre jours de repos. Ce qui revient quand même à travailler samedi dimanche par roulement et aussi les jours fériés. C’est difficile de prévoir un weekend quelque part.


cliché département de la moselle

Niveau salaire, Claude n’a pas de regret. Mais ça fait quinze ans qu’il n’a pas pris de vacances, plus envie de se déplacer. Aujourd’hui Claude reste à la maison, levé à sept heures c’est lui qui s’occupe de la maison pendant que sa femme travaille. Quand elle rentre elle n’a plus rien à faire. Il y a aussi les journées dessins animés dans le salon : Claude a cinq petits enfants. Il cuisine volontiers, ses spécialités sont le bourguignon, le vol au vent et toute la cuisine au four.



peugeot poissy, photo f.de la mure(maee)


Son fils Stéphane avait choisi de se former en cuisine, il est cuisinier de métier, mais aussi, confiseur-glacier chocolatier et pâtissier. Il avait un job au Luxembourg mais il a du arrêter à cause d’une maladie professionnelle. Maintenant il travaille lui aussi en usine chez Peugeot à Trémery. Il travaille le weekend mais il fait quand même moins d’heures qu’avant ce qui lui permet d'avoir une vie de famille avec ses 2 enfants.



Le père de Claude qui est président de l’atelier bois de Florange, il a fabriqué tous ses meubles, est lui à la retraite depuis vingt huit ans maintenant et, fait du hasard, quand Claude aura déménagé, ils habiteront tous les deux une rue Pépin-le-bref, l’un à Florange l’autre à Thionville.




article publié sur wikithionville



vendredi 11 mars 2011

Rosette Payotte, le bon côté des choses

Fichier:payott9.jpg

Il y a ceux que madame Payotte a connu quand elle était jeune et qui l’appellent Marie-Rose et ceux qui l’appellent Rosette, son vrai prénom. La famille de sa mère était d’origine luxembourgeoise et allemande.



Avant guerre, la mère de Rosette avait épousé un militaire français d’origine Algérienne et l’avait suivi à Alger. Le père de Rosette était adjudant chef, il gardait sa femme et sa fille à l’écart de sa famille qui vivait quelque part dans le bled : Rosette n’a jamais connu ses grands-parents. Avec les années le père a voulu se rapprocher des siens mais sa femme n’a jamais accepté : elle était venue à Alger, elle n’irait pas plus loin. Rosette qui avait à peine quatre ans entend un jour son père évoquer la situation avec un ami dans un café arabe : il annonce que quoiqu’il arrive il gardera sa fille auprès de lui. Rosette jure en arabe et court tout dire à sa mère. Sa mère obtient le divorce, elle est rapatriée d’Algérie en 1946.



Côte des roses, les murs montent

Partie avant la deuxième guerre mondiale et rentrant avant les évènements qui conduiront à l’indépendance, Rosette a échappé à deux guerres. Elle arrive à la Côte des roses en 1953 pour loger au château St Anne : c’est un logement provisoire. Il y là trois autres familles, les Christian, les Dalcol et les Fisher.

Elle est déjà mariée à monsieur Payotte et aura ses trois premiers enfants au château. En 1957, le six avril elle emménage impasse de la caille : elle y habite encore, au quatrième étage. C’est un trois pièces cuisine mais à l’époque, ils étaient déjà contents. Entrée dans l’immeuble en même temps qu’elle il reste un couple qui habite l’entrée à côté et sa voisine de palier.


la nièce de Rosette et les enfants,les immeubles construits derrière le mur du château St Anne


Son mari s’est séparé d’elle pour vivre avec quelqu’un d’autre il y a plusieurs années. Elle est restée à la Côte. Pourquoi serait-elle partie ? Ici elle connaît tout le monde, le quartier est bien desservi à cause de l’hôpital et elle est à un quart d’heure de partout.



Bien sûr quand elle était jeune son rêve était de vivre dans une vieille ferme avec six enfants. En fait trois auraient suffi : c’est que ça ne marche pas comme on veut avec les enfants, Rosette qui n’est pas autoritaire devait toujours faire la police entre eux. Elle était parfois débordée.


la Côte des roses vue du Crève-cœur: Rosette, sa belle-soeur et son mari et les enfants


Enfin elle n’est ni nostalgique ni anxieuse : pourquoi se faire du souci pour une chose qu’on ne peut éviter ? Rosette a assez pour vivre : elle a une petite pension de son mari, une petite retraite et elle est propriétaire de son appartement depuis trente ans maintenant. En entrant en 1957 c’était intéressant car elle n’avait même pas eu besoin d’apport personnel. Rosette ne peut revendre qu’à l’O.P.H mais elle préfère rester propriétaire. Une dame de sa connaissance voulait changer d’étage dans le même immeuble mais l’office n’a pas voulu, elle a vendu et déménagé plus bas mais maintenant elle paye un loyer.



Rosette pèse toujours le pour et le contre, elle est terre à terre comme dit sa petite fille Déborah mais elle veut savoir le pourquoi du comment. Sa retraite par exemple : Rosette avait travaillé quelques mois dans sa jeunesse en gardant des enfants au lycée de Metz où sa mère travaillait à son retour en France. Arrivée à soixante ans elle avait découvert que cela lui donnait droit à une pension de 100 francs (seize euros) et la Crav, l’organisme qui gère les retraites, lui avait proposé alors devant la modicité de la somme, de liquider sa retraite en une fois contre un chèque de dix mille francs.


Rosette avait préféré le versement d’une pension et avec les années et compte tenu du fait qu’elle a élevé quatre enfants, sa mensualité, même petite, reste plus intéressante que le chèque qu’on lui proposait au départ ! « Pas de sous, pas de souci, pas de mari, pas d’ennui…» Il reste deux ou trois bonnes copines à Rosette et les amis qu’elle s’est fait chez les témoins de Jéhovah qu’elle retrouve régulièrement autour de l’étude de la Bible, salle du Royaume rue de Verdun, juste à la limite entre Thionville et Terville. Quand une de ses amies se fait hospitaliser, elle n’a que la rue à traverser pour lui rendre visite.


ces enfants se tiennent à l'emplacement de l'hôpital et c'est le Crève-cœur qu'on aperçoit au loin



Du haut de son quatrième étage, Rosette contemple les collines de Guentrange, ce n’est pas en ville qu’elle verrait ça. Elle a ses chats et une passion pour la généalogie : du côté de son père elle a buté sur l’absence d’état civil en Algérie au siècle dernier. Du côté de son mari, elle cherche vers la Savoie où on trouve souvent le nom Payot. Son hypothèse est qu’il pourrait s’agir d’un mouvement de population du XVIIème siècle entre la Savoie et la Lorraine pour repeupler le pays dévasté par la guerre de trente ans et la famine.




publié dans wikithionville





Thionville dans les années soixante, par la maison de la culture Louis Aragon d'Hagondange

jeudi 10 mars 2011

Rachid El Yaagoubi, quand le destin fait signe

Fichier:yaagoubi.jpg

Il y a maintenant un an que Rachid El Yaagoubi a ouvert une boucherie à la Côte des roses. Enfant, il travaillait déjà chez un boucher tous les samedis sur le marché de Longwy où il est né, mais aussi à Longwy haut le jeudi et le vendredi à Villerupt quand il n’avait pas cours ou bien pendant les vacances.


C’est pour ça que quand il a décidé d’arrêter en terminale, il ne se voyait pas continuer ses études, il n’a eu aucun mal à intégrer le Cepal de Nancy, pour passer un Cap boucherie en accéléré. Rachid a passé les tests et grâce à son niveau d’étude et à sa connaissance pratique du métier, il a été admis directement en deuxième année. Trouver du travail comme boucher n’a pas été facile en sortant du Cépal : les boucheries hallal n’étaient pas très nombreuses en Lorraine. Rachid a donc commencé à travailler en usine au Luxembourg en intérim, une fabrique de verre, Guardian. Mais l’usine il faut aimer. Et son objectif principal reste d’ouvrir un jour sa propre boucherie.


Fichier:yaagoubi14.jpgFichier:yaagoubi13.jpgFichier:yaagoubi1.jpg


En 2009 Rachid quitte la boucherie de la cour de Rome où il travaillait depuis quatre ans pour tenter sa chance au Luxembourg. Mais l’aventure tourne court, Rachid revient travailler en France et finalement le fond de commerce est revendu. Ça tombe bien car ces derniers temps, en passant à la Côte des roses, Rachid a remarqué une petite épicerie installée à l’emplacement du point presse de la rue Ste Barbe. Une fois, il constate que l’endroit reste fermé trois jours de suite, il est intrigué et décide de pousser la porte. Le propriétaire est prêt à céder son affaire. Les deux hommes s’entendent rapidement, Rachid n’a jamais conclu une affaire si vite, c’est un signe. Une semaine plus tard ils signent chez le notaire.


C’est un emplacement stratégique entre l’hôpital et la mosquée, le quartier est populaire et les clients peuvent venir à pied au magasin ou en voiture. C’est important, Rachid ne voudrait pas d’un magasin en centre ville : au Luxembourg, c’était toujours difficile pour les clients de stationner devant le magasin. Rachid est associé à son beau-frère et à un proche de la famille et les trois collègues ont su se faire rapidement une place : le bouche à oreille a fonctionné.


Leur projet est de marier la boucherie hallal à la tradition européenne. Rachid veut être un vrai boucher traditionnel à l’ancienne et développer une activité de préparations en charcuterie. Les clients viennent de Longwy et de Luxembourg, ce qui fait un bon boucher c’est la confiance. C’est important pour l’application du rituel hallal : les musulmans ne mangent de viande qu’à condition que l’animal ait été sacrifié dans les règles. Le sacrificateur doit égorger la bête après avoir orienté sa tête vers la Mecque et invoqué le nom de Dieu. L’animal doit être vidé de son sang qui entraîne ainsi avec lui les impuretés de l’organisme.


Rachid doit donc trouver des abattoirs hallal et vérifier lui-même que le rituel est exécuté correctement. Il se déplace ainsi jusqu’en Belgique pour trouver les meilleures conditions du marché et marquer les carcasses choisies de son tampon. Il garantit le traçage et la provenance de ses bêtes.



Une fois, pour l’Aïd-el-Kebir, Rachid a acheté son propre troupeau, a réservé un abattoir à Bastogne et a procédé personnellement au sacrifice. Il est fier d’avoir pu maitriser toute l’opération pour la satisfaction de ses clients. C’est que les temps sont durs et la concurrence aussi. Rachid se souvient que quand il faisait les marchés les gens ne regardaient pas à la dépense. Maintenant quand ils demandent un kilo, ils ne veulent qu’un kilo. Les jeunes, surtout, ont du mal. Rachid veut agrandir son affaire pour engager du personnel. Déjà rue Ste Barbe il n’a pas assez de place pour exposer tout ce qu’il voudrait vendre. Il participe volontiers à la vie du quartier et il soutient des associations comme Passage en fournissant bénévolement la viande lors du dernier couscous qui a réuni les jeunes du quartier par exemple.


Rachid veut faire partie intégrante des changements en cours à la Côte des roses et il espère bien que la ville soutiendra ses futurs projets de développement car garder un commerce de proximité, c’est donner la vie au quartier.

Fichier:yaagoubif.jpg
Fichier:yaagoubid.jpg

Fichier:yaagoubia.jpg

publié sur Wikithionville.

lundi 28 février 2011

Françoise Lambolez, l'amitié contre le temps qui passe

Françoise Lambolez habite rue Molière à la côte des roses. Elle a perdu son mari il y a trois ans. Quand elle se réveille le matin, elle se dépêche de se lever quand elle réalise qu’il n’est plus là. Elle ne peut pas rester là à gamberger : elle ne doit pas se laisser abattre.


Françoise est originaire de la région de Remiremont. C’est le déclin de l’industrie textile qui lui a fait quitter les Vosges pour s’installer en lorraine dans les années cinquante. Elle changeait de plus en plus souvent de travail parce que les usines fermaient les unes après les autres. Dans les Vosges, on était payé au mètre pour les rouleaux de tissu ou au poids pour les bobines de fil. On gagnait un peu plus à la Sollac. Son mari était donc parti le premier.




Françoise l’avait rejoint deux ans plus tard à St Nicolas en forêt dès qu’il avait eu un appartement dans les «métalliques», ces immeubles d’acier recouverts de tôle aux reflets d’aluminium dans le soleil. Françoise était contente : un logement neuf avec salle de bain ! Le village de St Nicolas avait été construit de toute pièce au sommet d’une forêt par la Sollac. Il ne figurait d’ailleurs sur aucune carte à tel point qu’en 1958, un pilote d’avion en perdition avait sauté sur Florange en parachute et laissé son avion filer vers ce qu’il ce qu’il croyait être une forêt. Son avion s’était écrasé sur la place centrale de St Nicolas tuant deux enfants d’âge scolaire. un fokker100 comme celui qui s'est écrasé sur la place St Rita



Les enfants ont grandi et la famille s’est installée à Thionville pour habiter près du collège car Françoise tenait à ce que ses trois fils rentrent manger à la maison entre midi.

Les Lambolez arrivent donc à la côte des roses dans les années soixante dix. Les entrées d’immeubles et les abords étaient plutôt sales mais l’ambiance du quartier était bonne avec tous ces jeunes.

« On a quand même bien rigolé ! » disent ses fils quand ils pensent à leur jeunesse à la côte.


Deux d’entre eux travaillent aujourd’hui chez Peugeot et chez Citroën, le troisième, comme il le voulait tout petit déjà, est devenu gendarme.

Monsieur Lambolez était du même village que sa femme. Elle ne le connaissait pas bien car il avait quelques années de plus qu’elle et si elle avait quatre ans au début de la guerre, lui en avait déjà seize.

Elle se rappelle encore l’arrivée des allemands devant chez sa grand-mère : un soldat l’avait pris sur les genoux et lui avait donné du chocolat. Ils avaient demandé du café à la grand-mère mais celle-ci avait du en boire la première, pour qu’ils voient qu’il n’était pas empoisonné.

Son futur mari n’avait pas pu échapper au STO, service du travail obligatoire en Allemagne. Pour leur forcer la main, les autorités avaient menacé les jeunes d’emmener leur père s’ils se dérobaient. Le STO, c’était dur : douze heures de travail pas jour avec deux litres de soupe comme repas. Monsieur Lanbolez était rentré chez lui à pied avec deux camarades depuis l’Allemagne avec comme toute provision un sac de sucre pour la route. Après la guerre, il s’était engagé et en 1946, il était en Indochine. Voilà pourquoi ils ne se fréquentaient pas. Pourtant ils étaient déjà liés d’une certaine façon car son futur mari, ce qui n’est pas banal, avait été élevé par les parents de sa propre mère comme cela arrivait à cette époque où on plaçait les enfants pour soulager la famille. Après ses trois ans d’armée monsieur Lambolez était revenu au village travailler lui aussi dans le textile et c’est comme ça, qu’à vingt deux ans Françoise l’avait épousé.

A la fin des années soixante, la vie était différente, tout le monde n’avait pas encore de voiture, monsieur Lambolez lui-même avait dépassé cinquante ans quand il avait obtenu le permis de conduire et acheté une R12.


Pour se distraire, les gens restaient dans les environs: il y avait la kermesse, la musique municipale, le marché.

Aujourd’hui il n’y a souvent pas un chat dans la rue, c’est la mort du p’tit cheval !

madame Lambolez et ses deux sœurs ont eu chacune trois garçons!


Heureusement reste sa sœur, veuve également, qui habite impasse de la bécasse depuis vingt ans et qui mange tous les midis avec elle et puis sa voisine madame Scherrer qui vit dans l’immeuble depuis aussi longtemps qu’elle. Avec madame Grasiewicz, une ancienne voisine, elles formaient un bon trio mais madame Grasiewicz a préféré quitter la région quand elle a perdu son mari il y a trois ans. Ce que son mari lui avait refusé toutes ces années, elle l’a fait. Elle a maintenant quatre vingt ans et elle est installée quelque part loin de tous pour réaliser ce rêve : vivre au bord de la mer. Françoise Lambolez l’admire un peu mais n’aurait jamais choisi cette solitude.






réhabilitation
envoyé par saisirlechangement. - Rencontrez plus de personnalités du web.



dimanche 27 février 2011

Aïcha Sekkoum, vivre et travailler


Fichier:aicha.jpg


Aïcha Sekkoum est née le 16 juin 1949 à Chlef, entre Oran et Alger. A dix neuf ans, avec ses deux premiers enfants, elle a rejoint son mari qui travaillait comme cheminot en France depuis l’âge de vingt cinq ans.


Monsieur Sekkoum est mort il y a un an et deux mois maintenant. Il souffrait des reins et de la tête. Aïcha Sekkoum travaillait en intérim depuis 2002. La retraite de son mari était seulement de 400€. Travailler était une nécessité. Comment faire pour payer le gaz et l’électricité quand le loyer est déjà à 300€ ! Pourtant Aïcha a du arrêter de travailler en 2006 quand l’état de son mari s’est aggravé : elle ne pouvait partir travailler et le laisser seul, rentrer le soir entre dix et onze heures et le trouver errant, ici où là dans le quartier.


ci-dessous, M.Sekkoum avec un collègue en 1994 sur la ligne 8-5
Fichier:sek2.jpgFichier:sek1.jpg





Monsieur Sekkoum avait pris sa retraite de la Sncf dans les années soixante dix et la famille avait quitté Bouzonville pour Thionville et rapprocher les enfants des écoles. Après quatre ans dans un appartement au dessus du restaurant où travaillait sa fille, Aïcha obtient un logement à la bécasse : trois ans tranquilles.

Aïcha à son arrivée en France
Aïcha et ses filles à Bouzonville



Et puis la vie est devenue compliquée, à cause de gens violents et des conditions de vie. D’un côté ceux qui jettent les ordures par la fenêtre, de l’autre, l’ascenseur qui ne marche pas… Un jour, son mari qui était déjà malade et en dialyse, n’a pas pu monter chez lui, au douzième étage. C’est un voisin portugais qui l’a porté sur son dos jusqu’à l’appartement.

Onze ans à la bécasse. Il fallait déménager mais Mosellis n’avait rien à proposer. Donc madame Sekkoum s’est tournée vers Batigère. Paola Morelli a rempli le dossier et a fait visiter l’appartement du square Fénelon une semaine plus tard. Depuis Aïcha vit là, les voisins sont calmes, c’est bien plus tranquille.



Aïcha a repris le travail intérim au Luxembourg, elle est plongeuse. La boite intérim appelle le soir au téléphone pour lui dire où elle doit aller le lendemain. Aïcha prends le bus jusqu’à la gare si c’est le matin tôt, le train et encore le bus une fois arrivée au Luxembourg. Si c’est l’après midi elle prend le bus directement. Ses horaires varient selon la mission, quatre heures de travail, ou bien la journée, ça dépend. Quand on lui demande si elle peut rester faire des heures elle dit oui, pourquoi rester à la maison ?




Aïcha et ses fils
Aïcha et sa sœur au mariage de sa nièce



Les gens sont gentils et c’est la machine qui lave le plus gros. Après il faut vider la vaisselle et la ranger où il faut. Aïcha travaille pour des restaurants d’entreprise, des banques mais c’est dans les cantines scolaires que le contrôle est le plus sévère. Des inspecteurs viennent comme ça, et tout doit être impeccable, de la petite cuillère à la tasse. Le plus dur est de ravoir les plats à gratin avec leur trace de brûlé, il faut frotter et ensuite passer à la machine avec un mélange de savon et de vinaigre blanc : les plats ressortent tout brillants. Aïcha Sekkoum a eu trois filles et trois garçons : deux d’entre eux ne sont pas encore mariés. Elle a dix petits enfants. Aïcha n’aime pas qu’on vienne lui dire du mal de ses fils : elle leur a toujours serré la vis et à la maison, l’heure c’est l’heure ! Elle disait aux enfants « tu vas à l’école, tu sors de l’école et tu rentres directement à la maison. Que font tous ces enfants dehors ? »

Le plus jeune des garçons a vingt trois ans et vit encore avec elle : il a eu son B.T.S en juin dernier. Il a cherché une école de commerce international, il attendait la réponse de trois écoles dont une à Lyon mais les études coutent 4000€. Cette année il est à l’université à Metz.



Aïcha n’a plus de raison de rester tout le temps à la maison. Travailler lui permet de sortir de chez elle, de connaître des gens et la ville. Parler avec les gens lui remonte le moral.


le marché de Chlef il y a quinze ans

article publié sur wikithionville



Membres

Qui êtes-vous ?