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jeudi 3 juin 2010

Brigitte Lambert, les petits miracles du quotidien


Brigitte Lambert a grandi dans le village d’Œutrange dans la périphérie de Thionville. Les jeunes se rassemblaient dans la cour du curé. Brigitte n’hésitait pas à se défendre quand il le fallait et à piquer les mobs des garçons pour aller manger du maïs dans les champs.


A cette époque, quand un enfant rentrait de l’école après avoir pris une tannée avec l’institutrice, il en prenait une à la maison. Maintenant les rues du village sont autrement tranquilles : les enfants restent chacun chez soi devant leur ordinateur et leurs jeux vidéo.


Brigitte tient l’atelier linge situé au bout de la barre de chaussée d’Océanie, depuis dix sept ans maintenant.

L’atelier est là pour dépanner les familles nombreuses de la Côte des roses qui manquent de place pour laver et sécher le linge à la maison. Car c’est un endroit où on peut laver couette et couvertures.


Au fur et à mesure elle a vu les mentalités des habitués évoluer. Il y a encore quelques années en arrière elle devait tendre le panier à travers la porte aux maris qui venaient chercher le linge. Aujourd’hui, ces hommes qui n’entraient pas dans l’atelier à cause de la présence des femmes à l’intérieur , n’hésitent plus à rentrer.


Avec le temps, les gens ont changé, les usages aussi et depuis 2009 une nouvelle clientèle fréquente l’atelier. Ce sont les demandeurs d’asile qui vivent en hôtel en attendant une régularisation de leur situation.

Difficile de vivre en hôtel et laver et sécher le linge dans les douches. Le C.C.A.S qui finance pour partie l’atelier a conclu un partenariat avec Athènes, l’association qui accueille les gens en difficulté à Thionville et depuis, les affichettes en arméniens ou en russe cohabitent avec les affichettes en arabe pour expliquer le mode d’emploi des machines et les consignes de l’atelier.


Brigitte parle ein kleines bisschen allemand et se débrouille pour communiquer avec ces nouveaux arrivants. Pour que les opérations de lavage et de séchage se fassent dans les temps, Brigitte attribue les heures de rendez vous. Sa nouvelle clientèle a parfois du mal à les respecter et Brigitte est alors en porte à faux avec les habitants du quartier car elle est liée par son agenda : elle ne dispose que de trois machines et se retrouve bien embêtée quand elle refuse du monde à cause de rendez vous donnés à des gens qui oublient de venir.

L’atelier est devenu un endroit où les gens savent qu’ils trouveront quelqu’un qui les écoute.

Brigitte accueille les gens sans façon et naturellement.


Brigitte, chériffa et....Didier


Elle rend de petits services administratifs et sait souvent orienter les gens vers les institutions qui pourront les aider. Comme cette personne malade qui n’avait pas la C.M.U et qu’elle a emmenée au P.A.S.S, la permanence d’accès au soin de santé qui est tout à côté rue château-Jeannot.


la fête des voisins rue Chateau-Jeannot


Brigitte sait ce que c’est d’être en difficulté. Elle souffre d’une maladie rare, la maladie de Crohn et elle a longtemps été sujette à des crises de spondylarthrite ankylosante. Pendant des années elle a couru les hôpitaux en passant des tests en laboratoire dans l’espoir soulager ses douleurs. Sans succès. A cause des corticoïdes qu’elle prenait Brigitte est allée jusqu’à peser 105 kg.


Jusqu’à ses vingt huit ans Valérie Térrade, assistante sociale du C.C.A.S lui a décroché cet emploi à l’atelier linge, Brigitte est passée de T.U.C en C.E.S et de stage en stage. Elle les a enchainé, ces « projets professionnels à définir » et ces « stages en entreprise» qu’il fallait aller chercher soi-même et où elle se retrouvait à ranger des cartons dans la cave : « vous êtes sûre que c’est gratuit comme stage ? »


A l’atelier, elle a commencé par un C.E.S. Elle aurait gagné la même chose en restant à la maison mais avait envie de s’accrocher pour sortir de chez elle et chaque matin elle trouvait le courage de se lever. Sa résistance lui a permis de tenir le coup même quand elle n’arrivait plus à se servir des ses mains. Depuis deux ans maintenant que son père est mort, Brigitte a enfin un traitement stabilisant, elle n’a plus de douleurs et elle est passée de 105 à 80 kg.




La démolition de la barre où est logé l’atelier va entrainer le déménagement de l’atelier à la Maison de quartier où des aménagements permettront de créer une salle de lavage au niveau de l’entrée actuelle de la Maison à l’extérieur et un local pour recevoir les gens à l’intérieur. Les travaux devraient commencer à la fin de l’année.






Atelier Linge
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