rendre compte des changements dans le quartier vu par les habitants

Le projet "saisir le changement" évolue !


Retrouver la vie quotidienne du quartier, ses habitants et les changements qui s'y font sur un nouveau site : saisir le changement

lundi 27 septembre 2010

Fabienne Germonprez : laisser dire.






Fabienne Germonprez n’habite plus la côte des roses. Depuis 2002 elle s’est installée dans un studio rue Mozart, de l’autre côté de la chaussée d’Océanie. Elle a aujourd’hui cinquante et un ans.

Avant elle partageait le logement familial rue du Pic vert. Elle a été la dernière des enfants à quitter la maison.


A dix sept ans elle a obtenu son diplôme de l’école ménagère au collège de la Milliaire : de bonnes bases en puériculture, en cuisine et en couture.

Fabienne trouve rapidement un emploi dans une famille bourgeoise de la ville où elle va passer dix sept ans entre le ménage, la cuisine et le service à table car ses employeurs reçoivent beaucoup.

Sa patronne a des exigences particulières en matière de ménage : le sol doit être lavé à quatre pattes, hiver comme été. Qu’importe, Fabienne a une bonne constitution. Elle ne proteste pas.

victoire au tournoi d'Amnéville en 1985

Fabienne se cache dans cette image: saurez-vous la retrouver?

Elle fait du sport, de la plongée à Terville et du football féminin à Guénange. De vingt à vingt cinq ans elle ira en vélo s’entrainer deux fois par semaine à Guénange avant de pouvoir s’offrir une petite moto Honda.

Mais voilà, tant de temps passé sur les genoux à récurer le sol même quand il est gelé vont avoir raison de sa santé. Fabienne souffre d’arthrose dégénérative et elle a de plus en plus de mal à remplir sa tâche. Dans les années quatre vingt dix elle s’occupe en plus des enfants d’une autre famille pendant quatre ans mais, en 1995, elle jette l’éponge. Elle n’en peut plus et démissionne, une façon de se rebeller contre sa patronne qui ne veut pas la laisser partir.

Elle n’a plus de revenus et en attendant l’obtention d’une allocation d’adulte handicapée (A.A.H), elle touche le R.M.I. c’est là, en 1998, qu’elle découvre l’atelier linge de la chaussée d’Océanie et ses activités.


Ensuite Fabienne ira aux réunions du lundi après midi du Lierre, avenue de Guise. Elle garde un bon souvenir du voyage qu’elle avait fait avec le centre. C’était l’occasion de voir des gens et de discuter avec eux.

Fabienne devra demander trois fois l’A.A.H avant de l’avoir. Quand on demande cette allocation, on doit passer devant un jury de six personnes qui vous détaillent sous toutes les coutures et vous demandent

«pourquoi demandez-vous l’A.A.H ? ».

La première fois elle ne pouvait déjà plus se baisser mais elle n’a pas osé raconter les années de ménage à quatre pattes.

Il lui a fallu refaire une demande un an plus tard quand son état a empiré. Finalement la troisième fois, ils l’ont envoyée faire un stage en atelier protégé pour tester ses possibilités d’emploi.

Elle a du aller au centre d’aide par le travail de St Julien pendant quinze jours. Fabienne a été obligée de s’arrêter trois semaines mais elle était une des seules à avoir terminé son stage après son arrêt médical. Elle touche 700€ par mois.

Aujourd’hui elle se déplace à pied où en bicyclette. Elle avait l’habitude de rouler avec des vélos d’hommes mais maintenant elle a besoin d’un vélo adapté à ses problèmes de genoux : un vélo de grand-mère.

Mais si elle a besoin de faire de l’exercice, rouler en vélo est aussi dangereux : l’an passé elle s’est fait renverser par une automobiliste ouvrant sa portière au moment où elle passait. Comme elle allait chercher son neveu à la sortie de l’école, elle n’a pas attendu qu’on appelle le Samu : elle est vite repartie mais elle a souffert de sa chute pendant plus d’une semaine.

Depuis qu’elle a l’A.H, Fabienne a du mal à joindre les deux bouts. Elle a rencontré les assistantes sociales de la ville et demandé une aide pour payer son gaz et son électricité. Il lui est arrivé d’aller aux Restos du cœur mais elle pense qu’elle a dépassé le plafond avec son allocation. Elle a encore droit à la banque alimentaire. C’est deux fois par mois au Sémaphore.

Elle a été aussi au secours catholique, une amie des restos le lui avait indiqué mais autour d’elle, il y avait des gens qui visiblement avaient plus de besoins qu’elle. Elle a arrêté d’y aller. « Demander de l’aide au début, c’est dur. Quand vous avez l’habitude d’arriver à vous en sortir c’est gênant et puis vous avez peur que ça soit toujours comme ça après. On vous critique et vous vous sentez rabaissée.

Et puis on laisse dire. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Membres