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lundi 3 janvier 2011

Kheira Zakkoum, passagère sur la terre

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Kheira Zakkoum est arrivée en France en 1963 avec son premier enfant. Son mari était soldat de l’armée française. Zakkoum en arabe, c’est le fruit amer de l’arbre qui prend racine dans la fournaise.

Kheira se souvient d’un pays sombre et d’une vie de caserne. La famille bougera souvent dans la région mais c’est à Halstroff, pas loin de Sierk les bains, qu’elle s’installera durablement vingt cinq ans et que madame Zakkoum donnera la vie à ses autres enfants.

Ils sont huit aujourd’hui vivants, quatre filles et quatre garçons, le plus âgé a quarante huit ans le plus jeune trente huit. Un enfant par an. Madame Zakkoum avait trente six ans quand elle a eu le dernier. Ses filles, qui ont eu la chance d’aller à l’école, n’ont eu chacune que deux enfants : ce qui fait six petits enfants. Les femmes d’aujourd’hui savent que ça revient cher d’élever des enfants. Il faut leur donner à manger, les habiller payer leur études et le permis.

Il y a treize ans, Monsieur Zakkoum meurt accidentellement au Konacker où vit la famille. C’est pour ne plus vivre là où il est mort que madame Zakkoum décide de se rapprocher d’une de ses filles qui habite à la côte des roses. Elle a aujourd’hui soixante treize ans et vit seule dans un F6 de la rue Racine à Thionville.


Batigère, le bailleur social est venu lui proposer de quitter cet appartement qui est maintenant trop grand pour elle. Ils veulent construire deux studios à la place du F6. Madame Zakkoum n’est pas contre car le loyer est assez élevé. C’est madame Berbache qui s’occupe de son dossier de relogement et lui a déjà proposé un logement rue Molière. Mais kheira Zakkoum n’est pas d’accord. Elle ne comprend pas pourquoi on met toutes les familles arabes dans le même immeuble.

Elle est fière d’être arabe mais elle veut éviter les problèmes qui naissent souvent autour des enfants entre les familles et préfèrerait vivre un peu à l’écart. Les enfants d’aujourd’hui sont plus difficiles à tenir, ils sont plus effrontés. Déjà les arabes sont mal vus, les jeunes ont leurs torts, la société a les siens, mais il faut mélanger les gens et ne pas les loger tous au même endroit. Kheira veut rester à la Côte car c’est là que vivent la plupart de ses filles et qu’en plus elle n’a pas de voiture. Et puis c’est elle qui paie le loyer, c’est elle qui choisit.

rue Racine




Kheira a participé au goûter de fin d'année de l'atelier linge de la côte des roses qui sera le dernier à la chaussée d'Océanie

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Madame Zakkoum n’a pas été à l’école mais cela ne l’a pas empêchée de travailler. A Bouzonville elle montait des freins dans une usine de pièces auto. Mais en 1992, à l’âge de cinquante cinq ans elle décide de suivre les cours d’alphabétisation du centre de loisir de la côte des roses pendant deux ans. Quelqu’un qui ne sait pas écrire et lire peut difficilement s’exprimer, demander. Et apprendre c’est sortir de sa cage. Elle pourra ainsi décrocher des C.E.S et des T.U.C et travailler à A.T.H.E.N.E.S le foyer d’hébergement d’urgence pour femmes. Pour Kheira Zakkoum, nous ne sommes que des passagers sur terre. Smahi, son nom de jeune fille est le souvenir qu’elle garde de son père.


républicain lorrain 18 août 2010
républicain lorrain 18 août 2010

Fichier:zkko.jpg article publié sur wikithionville

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